Depuis dix ans, Christophe Delaunay s’est donné une mission : redonner vie au patrimoine martinien, ces milliers d’églises, statues et légendes dédiées à saint Martin de Tours à travers l’Europe. Notre consoeur Christelle Piton a rencontré ce passionné, délégué Chemins et Territoires de Via Sancti Martini France, membre de longue date de l’AJP, pour qui chercher, marcher et transmettre ne font qu’un.

Dans son village du Cellier, à quelques kilomètres de Nantes, Christophe Delaunay connaît presque chaque détail de l’église Saint-Martin. Il y a encore une dizaine d’années, pourtant, il regardait les fresques, les bannières et les sculptures sans vraiment en mesurer l’histoire. « Je faisais partie des personnes qui ont sous les yeux des choses très intéressantes, mais qui ne les ont pas forcément bien identifiées », reconnaît-il.
En 2016, à l’occasion du 1700e anniversaire de la naissance de saint Martin, il monte, avec une association locale, dans l’église du Cellier une exposition consacrée au saint. Il se plonge alors dans la vie de cet homme du IVe siècle et découvre un patrimoine beaucoup plus vaste qu’il ne l’imaginait. En France, quelque 4 000 églises seraient dédiées à saint Martin de Tours. À ces édifices s’ajoutent vitraux, statues, fontaines, légendes et autres traces d’un culte qui s’est diffusé dans toute l’Europe.
Cette découverte n’a rien d’un hasard. Christophe Delaunay a travaillé dans le domaine du patrimoine culturel, notamment dans le développement local et autour des métiers d’art. Il en a gardé le goût de la recherche et une exigence de précision : chez lui, une date, un nom ou un itinéraire mal renseigné ne passe pas inaperçu. Un panneau erroné dans une église peut ainsi retenir son attention, voire l’agacer.
Cette rigueur se retrouve dans ses recherches. Il rédige pour Maine Découvertes des articles consacrés à l’héritage martinien de Dom Guéranger ou à Demetrius, l’esclave affranchi de saint Martin. Moins par accumulation de connaissances que par souci de comprendre les liens entre les lieux, les personnages et les histoires qui composent ce patrimoine.
Un saint à l’échelle de l’Europe
Ce qui le retient surtout chez Martin, c’est sa dimension européenne. Né à Savaria, dans l’actuelle Hongrie, Martin a vécu en Italie, rejoint la Gaule, voyagé jusqu’à Trèves et joué un rôle important dans la diffusion du christianisme en Occident. Sa vie s’est déroulée à l’échelle d’un continent bien avant que celui-ci ne devienne une réalité politique.
C’est cette dimension que Via Sancti Martini cherche aujourd’hui à mettre en lumière : saint Martin comme « personnage européen, symbole du partage, valeur commune ».
Le mot partage n’est pas anodin. Il renvoie au geste le plus célèbre du saint : à Amiens, alors soldat romain, Martin coupe son manteau pour en donner une partie à un pauvre, une scène représentée des milliers de fois dans les églises européennes. Pour Christophe Delaunay, le partage peut aussi prendre d’autres formes : une histoire, une connaissance, un chemin, un patrimoine.
De la carte au terrain
Aujourd’hui délégué Chemins et Territoires de Via Sancti Martini France, Christophe Delaunay travaille avec les communes, les intercommunalités et les acteurs de la randonnée pour faire vivre les itinéraires : tracés, possibilités de passage, lieux patrimoniaux rencontrés en chemin.
Il connaît aussi la réalité du terrain pour l’avoir parcouru avec son épouse : ensemble, ils ont effectué en août 2022 un périple de quelque 2 500 kilomètres entre la Hongrie et la France. Une expérience qui donne une autre dimension aux cartes : derrière chaque trait figurent un chemin, un village, une église et souvent une rencontre.
À Nantes, au Mans, dans les Mauges ou dans la Vallée du Loir, Via Sancti Martini développe avec les collectivités des actions destinées à mieux faire connaître le patrimoine martinien. L’association travaille également avec les diocèses et les paroisses, notamment autour du programme « Églises, perles de Loire ». Depuis les élections municipales de 2026, de nouveaux contacts doivent être noués avec les équipes municipales, dans l’objectif de faire émerger de nouveaux projets.
Une curiosité qui ne s’épuise pas
Chez Christophe Delaunay, la marche et la recherche répondent au même besoin : aller voir. Voir une église que l’on ne connaissait pas comprendre pourquoi une statue représente Saint Martin de Tours de telle manière, vérifier un tracé, corriger une erreur, puis transmettre ce que l’on a découvert.
Le patrimoine martinien est immense, les traces sont innombrables et les chemins continuent de s’étendre. Il reste donc toujours quelque chose à chercher, une curiosité méthodique, cartes et archives en main, portée par une conviction simple : ce qui mérite d’être découvert mérite aussi d’être partagé.
Christelle Piton
Pour aller plus loin, le site de Via Sancti Martini France
