Après les châteaux ou les églises, les sites industriels sont de plus en plus recensés au titre de Monuments Historiques, réhabilités ou reconvertis. Ils connaissent aussi un vrai engouement parmi les visiteurs. Témoins des révolutions techniques, industrielles et des savoir-faire, ces lieux à l’architecture souvent monumentale, racontent l’histoire ouvrière, sociale et industrielle de la France.
Ces édifices regroupent les sites, bâtiments, machines, outillages et savoir-faire créés par l’industrie depuis le début du XVIIIème siècle. Ils représentent les progrès de l’industrie, de la réussite sociale et des techniques nouvelles. L’AJP est allé voir ce qu’il en est en Champagne-Ardennes , là où la métallurgie fût reine à la fin du 19ème siècle
LES ARDENNES, UNE CONTRÉE A MIEUX CONNAITRE
Le département des Ardennes apparaît à beaucoup comme une contrée lointaine, méconnue, mal aimée, pauvre. L’Ardenne fût rattachée tardivement au royaume de France, au 17ème et 18ème siècles. Marqué par les guerres entre la France et l’Allemagne, le département a une histoire industrielle ancienne et variée qui mérite l’attention.
L’extraction de l’ardoise, le textile et surtout la métallurgie ont été les piliers de la vie industrielle des Ardennes? Ces activités anciennes ont marqué durablement leurs territoires mais elles se distinguent par une histoire spécifique. Aujourd’hui, seul demeure le travail des métaux dont l’origine remonte au Moyen Age. La métallurgie de transformation occupe encore du monde contrairement à ce que beaucoup pensent. Oui, certes, les hauts fourneaux se sont éteint, les grandes firmes locales qui firent la prospérité de certains au 19ème siècle n’existent plus mais de beaux restes existent. C’est vers la période 1820-1880 que des activités nouvelles liées à l’industrialisation (boulonnerie, clouterie, fonderie de seconde fusion, emboutissage) ont vu le jour et remplacé les activités anciennes telles que la clouterie à la main, la fabrication des armes et d’autres.
Dans les Ardennes, on s’est occupé des vestiges industriels bien avant qu’on ne parle de « patrimoine industriel » devenu actuellement à la mode et que l’on tente de valoriser un peu partout, souvent avec succès. Et pourtant… les résultats en Ardennes ont encore besoin d’être connus, visités, valorisés, mis en scène. Ce sera un moyen de donner une image positive des Ardennes et de réveiller la fierté d’une population.
DES SITES INDUSTRIELS EN RENAISSANCE ; L’EXEMPLE DE BOGNY-SUR- MEUSE
Aller voir le patrimoine industriel de Champagne-Ardennes, c’est passer par de nombreux sites, certains en déshérence totale, certains ayant subi de remarquables rénovations. Nous sommes donc allés voir certains de ces sites et nous avons pu noter l’extraordinaire enthousiasme de ceux qui se chargent de les faire revivre.
Commençons par Bogny sur Meuse où se trouve le Musée de la Métallurgie.

Edifiée au milieu des années 1880 par un ingénieur des Arts et Métiers, la Manufacture Ardennaise fabriquait des boulons, des écrous, des rivets, des ferrures. Elle ferme en 1968 mais cette usine à vapeur et à hydroélectricité s’est lentement transformée en Musée de la Métallurgie Ardennaise. Un parcours intelligent a été créé, montrant parfaitement ce que fût cette industrie dure à pratiquer. On y explore la clouterie à la main puis mécanique, la boulonnerie moderne avec sa mécanisation, la forge, le filetage et le taraudage. Vous pensez peut-être que la visite est austère ? Pas du tout. Passionnante au contraire. Oui, nous sommes loin d’un musée des Beaux Arts mais pour peu que l’on soit un peu curieux et que l’on ait le respect d’un travail ouvrier qui fît la richesse de notre pays, la visite vous apprend une foule de choses. Point n’est besoin d’être un spécialiste de la métallurgie ; les espaces multimédia et le film émouvant réalisé auprès d’anciens ouvriers (Portraits de métallurgistes ardennais) vous convaincront. Le musée est à une quinzaine de kilomètres de Charleville-Mézières et le projet date du milieu des années 1980. Tout sur l’évolution des procédés de production au travers des machines, des savoir-faire et des gestes de ceux qui ont travaillé dur ici. C’est la convocation d’un riche passé et une « leçon de chose » incontestable. Le musée est ouvert en 2009 et René Colinet, membre de l’APIC (Association pour la Patrimoine Industriel de Champagne-Ardennes) n’y est pas pour rien. Son projet fût adopté après de nombreuses dissensions au sein des différentes instances locales. Il est totalement investi dans le patrimoine local et sait être convaincant. C’est lui qui insiste sur le fait qu’ici naquit un vrai lieu de mémoire et d’espoir ouvert sur l’avenir. A voir en premier lors d’une visite en Ardennes.
QU’EST DEVENUE L’ARDOISE ARDENNAISE ?
Si la métallurgie fût la grande affaire des Ardennes, l’ardoise en fût une autre.
Nous sommes donc allés voir ce qu’il restait de ces grandes extractions remontant au 12ème siècle. De fait, plus grand chose, hélas. Il faut tout de même aller voir la Maison de l’Ardoise à Rimogne où se retrouvent les meilleurs témoins de cette industrie. Plusieurs fosses étaient ouvertes ici et avant la guerre de 1914, la compagnie employait 600 ouvriers.

La reprise du travail se fait vers 1919 et vers 1946 encore, la production annuelle était de 4000 tonnes d’ardoises d’excellente qualité. Mais après une tentative de modernisation des méthodes d’extraction, l’activité cesse en 1971 pour des raisons diverses : concurrence de nouveaux matériaux, coûts d’exploitation plus élevés, ardoise d’Espagne. Mais il faut voir à Rimogne ce que fût le travail des ardoisiers et notamment la manière de remonter les blocs à dos d’homme sur des plans inclinés.

On saura tout après la visite sur le travail au fond (parfois à 300 mètres) et celui de surface, sur le fendage, sur l’utilisation de l’ardoise. Les eaux ont dorénavant repris leur domination au fond, on ne pompe plus, on ne visite plus. C’est la Maison de l’Ardoise qui est la mémoire de l’époque.

Le dernier chevalement du puits St Quentin
Reste tout de même le puits Saint Quentin qui fera l’objet d’une rénovation prochaine et déjà protégé des visiteurs indélicats.
Georges LEVET
Pour vous rendre dans les Ardennes en train:
http://www.voyages-sncf.com
(Suite de notre reportage dans l’article suivant)