La croix de Pleyber-Christ, la restauration d’un chef d’oeuvre breton.

Après plusieurs mois de restauration, la croix de procession est retourné à l’église et elle a retrouvé son lustre !
Chef-d’œuvre du patrimoine de l’église de Pleyber, pourtant riche d’un mobilier d’une grande beauté, la croix a accompagné une procession partant de la mairie pour rejoindre l’église.

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Cette élégante croix a été réalisée au début du XVIIe siècle par l’orfèvre morlaisien Guillaume Desboys. En argent ciselé, repoussé et doré, elle est la plus grande des croix de procession dites « finistériennes », avec 133 centimètres de hauteur (hors hampe) et 11 kilos. Plusieurs fois restauré entre le XVIIIe et le XXe siècle, cet exceptionnel objet nécessitait en ce début du XXIe siècle une restauration supplémentaire. En effet, la douille, cassée, ne permettait plus de fixer la croix à sa hampe, ne permettant plus de l’utiliser pour les cérémonies religieuses. Certains éléments du décor étaient aussi abimés ou manquants.

Le restaurateur en charge de la restauration est Christophe Evelin, de Rennes. Son travail a consisté à la démonter et à réparer les parties cassées par brasures (migration atomique des bords à assembler par action calorique et/ou mécanique, sans fusion).

Ce travail n’aurait pu être réalisé sans l’implication de Guillaume Denniel, étudiant de l’Ecole du Louvre et natif de Pleyber-Christ. Il s’est mobilisé dans le cadre du Plus Grand Musée de France pour solliciter des mécènes en faveur de ce projet. Ce travail est aussi et surtout le résultat des dons généreux octroyés par tous les mécènes : associations, particuliers ou entreprises.

Note supplémentaire concernant cette croix :

Cette croix de procession est exceptionnelle par son ampleur, il s’agit de la plus importante des croix de processions dites « finistériennes ».
Elle a été commandée par la paroisse de Pleyber-Christ dans le contexte d‘extraordinaire afflux de richesse que connut l’évêché de Léon par le commerce du lin, les toiles étaient tissées dans de petits ateliers avant d’être exportées au niveau international (Angleterre, Portugal,…) par la mer, notamment le port de Morlaix tout proche de Pleyber-Christ. Cette prospérité économique permit de bâtir les enclos paroissiaux, auxquels l’église de Pleyber-Christ appartient, mais les plus beaux enclos sont ceux voisins de Saint-Thégonnec et Guimiliau.

Il est conservé la trace d’au moins quatre restaurations depuis sa création (1763, 1808, 1829, 1857). Cet objet vieux de quatre siècles fait toujours partie de la vie de la commune où il se trouve, ainsi la croix est toujours exhibée lors de fêtes locales. Un devis de restauration a été réalisé par un orfèvre spécialisé en collaboration avec la mairie et la DRAC. L’avis du plus grand spécialiste de l’orfèvrerie bretonne, Yves-Pascal CASTEL a été sollicité.

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Un chef d’œuvre d’orfèvrerie de la Contre-réforme.

La richesse de cette croix d’argent, dont on ne sait si elle était dorée à l’origine, s’inscrit dans le contexte de la Contre-réforme, et participe à l’idée de faire des églises des lieux magnifiant le divin par le faste. La production d’orfèvrerie des paroisses concernées par le commerce de la toile fût abondante, les trésors en gardent encore la trace, et l’influence baroque est très visible notamment dans les retables. Cette œuvre d’art exceptionnelle, un des premiers objets classés Monument historique du Finistère, est un chef d’œuvre par son ampleur mais également par la maitrise technique remarquable dont a fait preuve l’orfèvre morlaisien Guillaume Desboys. En effet pas moins de dix techniques sont utilisées pour travailler le métal : planage, ciselure, repoussé-ciselé, guilloché, mati, coquillé, filière, matage, estampage, fondu. Le nœud, de plan hexagonal, est un morceau d’architecture monumentale, apparenté au style classique. La croix présente le Christ entouré de la Vierge et de saint Jean, ces rondes bosses sont parmi les plus belles de l’orfèvrerie bretonne conservée.

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